Printemps dans le Luberon
Par Martine Cante, jeudi 28 février 2008 à 17:17 :: #225 :: rss
Des cerisiers en fleurs, une bastide ocre entourée de cyprès, une abbaye cistercienne au milieu des lavandes, voilà les images qui nous avaient attirés dans le Luberon en ce début du mois d’avril. Le rendez-vous était fixé à Avignon le vendredi soir à 22 h 30 dans un hôtel près de la gare. Avignon, où il suffit de passer le pont pour que l’aventure commence ! Nous, notre aventure ne commença que le lendemain matin quand le car nous déposa à Mérindol.
Samedi 7 avril :
Le temps de faire connaissance avec nos futurs compagnons de marche et, hop, c’est parti, nous traversons Mérindol, village perché comme nous en verrons tant par ici, dominé par ses ruines, et nous arrivons au plateau de Peyre-Plate. Déjà, il fait chaud, le soleil tape, chapeaux et casquettes sortent des sacs. Le sentier se perd entre les cailloux et ressurgit, il s’agit de bien suivre des yeux les marques blanches et rouges du GR 97.
Tout au long de notre périple, des citernes enterrées baliseront notre chemin. Ce sont des réserves d’eau pour la défense contre les incendies.
Après un long trajet accidenté dans un terrain raviné et quelques hésitations sur l’itinéraire, nous arrivons enfin à la combe de Recaute, qu’il suffit de descendre pour arriver au gîte équestre : un petit paradis verdoyant nous accueille, avec une table en bois sous les pins et un apéritif bien mérité transporté à dos d’homme par Alain !

Dimanche 8 avril :
Nous remontons le Valbigonce où un énorme chêne aux branches séculaires engage les dessinateurs à sortir leur carnet. Pensez ! Il a vu Louis XIV !
Au sommet du Cap de Serre, vers le nord, une petite bosse dans le lointain bleuté : c’est le Ventoux !
Après la ligne de crête, le « Vallon du Bon Dieu » est un lieu prédestiné pour un pique-nique paisible en ce jour de Pâques. A défaut de nous faire chercher les œufs, Hélène nous en distribue deux chacun.
Puis, un joli sentier en balcon nous permet d’admirer un paysage de champs de lavande et de cerisiers en fleurs. Le jaune des genêts, la tache mauve des cistes, les cierges sombres des cyprès ... crayons et appareils photos ont bien du mal à rester dans les sacs !

Finalement, voici Lourmarin, village touristique mais charmant, qui pointe ses trois clochers (église, temple, beffroi) sur une petite colline face à son château. Ce château, étonnant par sa construction, est en fait une forteresse médiévale remaniée à la Renaissance. En cette fin d’après-midi lumineuse et jusqu’à la nuit tombante, nos dessins retravaillés prennent comme par enchantement leurs premières couleurs.
Lundi 9 avril :
Vaugines, traversé trop vite, malheureusement, nous propose son église romane et sa capitainerie du XVème siècle. Le temps d’un petit café sur la place inondée de soleil, de quelques photos prises en vitesse au hasard des vieilles ruelles et nous voilà déjà en train de monter vers les crêtes.

Le plus haut sommet du Luberon est le Mourre Nègre (1125 m). Une grosse tour de télécommunications hérissée d’antennes satellites de toutes les formes monte la garde et ne nous donne pas envie d’y rester très longtemps.
Pour descendre, il suffit de suivre le chemin des crêtes puis, troisième citerne à droite, de piquer vers la vallée. Le soleil baisse sur l’horizon et les ombres s’allongent quand, par une sorte de défilé rocheux, nous arrivons au Castelas puis à Sivergues.

Sivergues, c’est le bout de la route goudronnée venant de la plaine. Après, il n’y a plus de route et, en voiture, il faut faire demi-tour. Notre gîte « Le Fort de l’Archidiacre » est perché sur un éperon rocheux d’où nous assistons au coucher du soleil sur le pays d’Apt. La soirée se prolonge tard, les rires et les histoires racontées par Maxime nous font vite oublier la douche (trop froide), le feu (trop chaud), et la daube (trop copieuse).
Mardi 10 avril :
La descente au fond du « Ravin de l’Enfer », qui est en fait la vallée du ruisseau Aigue-Brun, marque la fin du « Grand Luberon » et l’entrée dans le pays d’Apt.
Notre après-midi sera en bonne partie citadine et culturelle : L’ancienne Voie Domitienne, qui traverse la vieille ville d’Apt, nous conduit à la cathédrale. Dans une des deux cryptes étagées, on circule dans un étroit couloir couvert de dalles carolingiennes réemployées dans le plafond !

Mercredi 11 avril :
Nous avons passé la nuit à Saint-Saturnin-lès-Apt. Le matin, nous arpentons les ruines du village médiéval et du château qui dominent un petit lac (malheureusement à sec) créé au XVIIème siècle pour alimenter St Saturnin en eau.

A midi, peu avant d’arriver à Roussillon, on décide de s’arrêter pour pique-niquer dans un endroit charmant et propice au dessin : devant nous, une armée de ceps de vigne noueux, alignés comme à la parade, épouse les ondulations du terrain. Au loin, la mousse blanche des cerisiers en fleurs se mêle aux taches mauves des arbres de Judée. Maxime, tel le sous-préfet aux champs, un brin d’herbe entre les dents, les joues barbouillées de la terre ocre du Luberon, dessine sans relâche...

Mais Roussillon finit quand même par arriver. Roussillon la rouge, où les maisons sont aux couleurs des pierres des carrières voisines. D’un coup, nous plongeons dans un enfer touristique. Les aiguilles rouges des carrières d’ocre résonnent de toutes les langues qui les entourent...
Jeudi 12 avril :
Le temps est pluvieux. Heureusement, Gordes n’est pas loin. A midi, nous sommes déjà arrivés et nous pouvons nous installer à l’hôtel.
L’après-midi, sous nos capes de pluie, nous partons à la recherche du village des bories. Vous connaissez sans doute ces habitations en pierres sèches qui parsèment toute la Haute-Provence ! Pour y accéder, un long chemin étroit bordé de murets, sinuant entre chênes verts et oliviers, préfigure déjà la découverte : un hameau de petites maisons au toit conique, qui semble tout droit sorti de la préhistoire, même s’il a été construit entre le XIVème et le XIXème siècle et abandonné depuis lors.
Vendredi 13 avril :
Au matin, nous quittons Gordes, village très fréquenté et presque trop léché, sans regret.
Mais derrière la Provence des touristes, il y a toujours aussi l’autre Provence : celle des petits sentiers caillouteux bordés d’oliviers, celle qui sent bon le thym et le romarin, celle des bergers et des paysans. Justement, en suivant un de ces petits sentiers muletiers, nous grimpons jusqu’à la crête qui nous livre une vue superbe sur l’abbaye de Sénanque, nichée dans un creux de verdure. Après la visite guidée (incontournable) et les dessins (dirigés par Maxime), nous repartons d’un bon pied pour Fontaine-de-Vaucluse.
Comme Pétrarque descendant du Ventoux, nous décidons, ayant suffisamment admiré la montagne, de tourner notre regard en nous-mêmes. De tout le trajet, on n’entend plus prononcer un seul mot.
Arrivés à l’étape, il pleut ! Les marchands de souvenirs ont fermé boutique. Le niveau de l’eau a beaucoup baissé dans la source de la Sorgue. Le pauvre Pétrarque ne reconnaîtrait pas sa chère fontaine, ni le laurier que, d’après la légende, il y aurait planté :
« Ni le Pô, l’Arno, le Tage ou le Tibre,
Ni la Garonne et la mer qui se brise,
Rien ne saurait apaiser mon triste cœur
Comme le fait cette source claire
Et le laurier qu’auprès d’elle j’ai planté. »
Samedi 14 avril :
Nous quittons Fontaine-de-Vaucluse vers le sud, en direction de Robion. Le GR 97 a été détourné et maintenant il passe par les carrières et la petite chapelle St Eusèbe. Robion nous offre son joli théâtre de verdure pour un pique-nique sur les gradins, en écoutant Martine lire des poèmes de Pétrarque.
Puis, après deux belles montées à travers la forêt, nous arrivons à Oppède-le-Vieux : remarquable village fortifié, construit du début du Moyen-âge jusqu’au XVIIème siècle. Les habitants sont descendus peu à peu hors les murs, abandonnant ce nid d’aigle au vent et au soleil.
Une heure et demie plus tard, trois taxis se rangent sur la place pour nous emmener à la gare de Cavaillon. Nous sommes arrivés dans ce village tout suants et crottés, comme une troupe de vagabonds sans feu ni lieu, et nous repartons tels des VIP, en taxis Mercedes noirs aux vitres teintées !
Texte de : Martine Cante
Dessins de : Maxime Fulchiron

Commentaires
1. Le jeudi 28 février 2008 à 22:50, par Martine
2. Le vendredi 29 février 2008 à 12:30, par Taxi Driver
3. Le lundi 3 mars 2008 à 18:51, par Martine
4. Le jeudi 6 mars 2008 à 16:35, par Hellsy
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